La Volante: rencontre avec Malik Zidi et Nicolas Bonilauri

Tourné en partie au Luxembourg, le film "La Volante" sort en salles ce mercredi. À cette occasion, Online.lu a rencontré l'acteur Malik Zidi et le réalisateur Nicolas Bonilauri, qui sont venus présenter le film au cinéma Utopolis.
C'est détendus et dans une ambiance bon enfant que Nicolas Bonilauri et Malik Zidi s'installent dans les fauteuils bleus d'Utopolis. Depuis quelques semaines, ils ont entammé leur tournée des salles de cinéma pour présenter La Volante, un thriller hitchcockien où Natalie Baye, mère endeuillée, décide de se venger de celui qui a pris la vie de son fils, neuf ans plus tôt, dans un accident de voiture.

Malik Zidi, dans le film, vous interprétez Thomas, un jeune cadre qui tente d'oublier son passé. Qu'est-ce qui vous a séduit dans le projet et dans le personnage de Thomas?

Malik Zidi: J'ai lu le scénario très rapidement, ce qui est généralement bon signe. Et puis surtout parce que c'était l'occasion de travailler avec Nathalie Baye, qui est une actrice que j'admire. C'était l'occasion pour moi de faire un vrai film de genre, populaire, à suspense. C'est un film de jeu, un face à face. Et il y avait beaucoup de choses à jouer juste par les regards. C'était une sorte de duel avec une grande actrice donc c'était pour moi un vrai bonheur de pouvoir jouer ce genre de rôle. Jouer avec Nathalie Baye a été une grande expérience puisqu'elle lisait les didascalies constamment et elle m'a appris à être dans le moment présent de la scène et à ne pas me projeter dans le jeu.

Au fur et à mesure du film, s'opère une vraie prise de conscience du personnage, comment avez vous travaillé cela?

M.Z : Le danger de ce genre de film c'est qu'on peut vite pré-jouer la fin. Il ne fallait donc pas prévoir les scènes. On a essayé de constamment jouer dans le présent, dans la scène et de ne pas se projeter dans le jeu et dans le futur. On a créé les fondations de notre futur, de notre histoire et donc de notre jeu avec Nathalie dès le prologue du film.

Nicolas Bonilauri: En tant que réalisateurs, nous tenions, avec Christophe Ali, à tourner d'abord le prologue. C'était important car tout le reste du film est conditionné par cet séquence. C'est là que les personnages se mettent en place. Et puis cela crée une sorte d'intimité et permet de mettre en place l'atmosphère du film.

On retrouve Nathalie Baye dans un genre qu'on lui connaît peu. Est-ce que ça a été facile de la convaincre de rejoindre le casting?

N.B : Ca s'est passé très vite, on était très surpris. On lui a donné le scénario à lire le lundi et on a eu une réponse le jeudi. Ce qui est assez rare! On a lancé la bouteille à la mer en se disant qu'elle ne reviendrait pas ou qu'elle reviendrait cassée. Quand on a rencontré Nathalie Baye, on s'est dit que c'était exactement comme ça qu'on imaginait le personnage de Marie-France. D'un coup le projet fantasmé devenait réel. Ca a été un vrai moteur, un accélérateur pour le projet.

La Volante, pourquoi ce titre?

N.B : C'est un terme méconnu qui est beaucoup utilisé dans l'administration pour désigner les secrétaires interrimaires. C'est aussi un mot à la fois doux et sombre qu'on peut confondre avec violente, voleuse. Toutes les zones d'ombre du film se retrouvent dans le titre finalement.

Il y a beaucoup de références aux films à suspense dans La Volante, quelles ont été vos influences ?

N.B : C'est toujours difficile de toutes les nommer mais on s'est beaucoup inspiré d'Hitchcock. On avait envie de voir Nathalie dans cet univers. On ne voulait surtout pas faire un thriller trop actuel, avec trop d'effets mais plutôt retrouver l'ambiance des années 50 où on ne sait pas quand le drame va arriver. On a beaucoup puisé notre inspiration dans Pas de Printemps pour Marnie puisque dans ce film, le personnage aussi est secrétaire. Elle a une faille, une blessure et au fur et à mesure du film sa folie va s'exprimer.

À ce propos, le silence est très présent dans le film, au point de presque devenir un troisième personnage...

M. Z. : Oui. Pour les comédiens c'est une vraie jubilation de jouer avec ces temps de pause car on frisait parfois la comédie. Il y a quelques scènes où après ces petits silences on pouvait soit rire ou être effrayé. On aurait pu continuer la scène avec la même logique de phrasé pendant des heures et partir sur une comédie. Et puis c'était un peu ses soupapes de relâchement pour nous, car le film est très dense.

Vous avez tourné au Luxembourg, est-ce qu'il s'agit d'un choix scénaristique ou d'un choix pratique?

N.B : Nous avions envie d'atmosphères plutôt hivernales. On voulait jongler avec les saisons et c'était pratique. On voulait que chaque spectateur puisse se dire que l'action pouvait se passer près de chez lui. C'est pourquoi on a choisi de brouiller les lieux et les époques pour rendre le film un peu intemporel.

M.Z :Finalement, on a l'impression que le temps c'est un peu arrêté après l'accident qui arrive au début du film. L'appartement de Thomas est très révélateur de cette ambiance. Il y a un petit côté Shining de Kubrick dans ces lieux. Le décor aide à la caractérisation et saisir la noirceur des sentiments.

Interview de Justine Baldin.